La boulangère de Visso en Italie


A 4h30 Fabio et Lina Cerri sont déjà dans la voiture, le sourire aux lèvres. Ils quittent leur bungalow dans le camping d’où l’on voit la mer à Porto San Giorgio et se dirigent vers Visso, à la montagne, dans la province de Macerata dans la région Marche. Un trajet de 100 km environ, 200 si l’on considère l’aller-retour. Fabio et Lina arrivent à 6h à la « Pasticceria Vissana ».

C’est leur pâtisserie où ils vont tous les jours depuis plus de six mois, précisement à partir du 24 août 2016. 200 km par jour car leur maison de Visso n’est plus là, elle a été détruite par le séisme qui a touché le centre de l’Italie à 3h36 du 24 août dernier. Comme eux, beaucoup d’autres habitants de ces zones, ont été logés/accueillis dans les hôtels de la côte adriatique ou dans des modules d’habitation temporaires (des 1000 habitants, il en reste moins de 500). Dans les lieux touchés par le tremblement de terre les victimes ont été 299 et il y a des milliers de personnes déplacées, plus de 3000 églises ont été fermées et, dans l’ensemble, pour toute la séquence sismique, du 24 août dernier jusqu’aujourd’hui, les dédommagements s’élèvent à 23 milliards et 530 millions d’euros, dont 12,9 milliards concernent les dédommagements relatifs aux immeubles privés et 1,1 milliards d’euros aux immeubles publiques. Outre à leur maison, Lina et Fabio ont perdu leur boulangerie « L’albero del pane », qui se trouve aujourd’hui dans la zone rouge et complétement condamnée ; en effet, la route du centre de Visso est toujours contrôlée par la Police, les Carabinieri et les Pompiers. Heureusement, ils ont encore la pâtisserie d’où, chaque jour, ils sortent du four des croissants chauds, des gâteaux, des tartes et des fougasses.

A 6h du matin les pâtes mises à lever la veille, sont presque prêtes et à 6h15 on peut ouvrir le magasin. Les premiers clients ce sont les carabinieri et les policiers, puis les volontaires et les très peu d’habitant qui restent. Avant les secousses du 26 et du 30 octobre Fabio et sa femme Lina géraient la pâtisserie et la boulangerie. Ils avaient sept employés, l’agenda des commandes était rempli de réceptions pour des baptêmes, des communions et des mariages. En moins de trois mois, tout a changé. Maintenant leur seul magasin est la pâtisserie grâce à laquelle ils arrivent à (sur)vivre. Le hangar préfabriqué du nouveau four est déjà en construction, un module préfabriqué dans lequel ils devraient installer les machines présente dans l’ancienne boulangerie. Une tempête de neige a ralenti le projet mais ils devraient arriver à mettre la couverture avant le mois de mars. Le travail est là, ils ont eu de la chance dans la malchance. Quand je demande à Lina si elle a eu peur et si tout va bien, elle ne me parle pas des 200 km à faire tous les jours ou des peu de clients, elle me répond plutôt que chaque jour elle dit une prière pour les familles qui ont perdu leurs proches.


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